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Agir pour prendre en compte sa santé mentale

#Bonnes Pratiques

Crise sanitaire, dérèglement climatique, instabilité géopolitique, incertitudes professionnelles et économiques ou encore l’évolution des formes de travail… Nous faisons aujourd’hui face à une succession de bouleversements qui déséquilibrent nos sociétés et le bien-être des individus. Anxiété, état dépressif, stress et problèmes de sommeil sont tant de maux qui traduisent l’impact de ces changements sur notre santé mentale. Ces troubles existaient déjà par le passé, mais se trouvent aujourd’hui exacerbés et mis en lumière par l’actualité.

Ainsi, selon l’OMS, depuis le début de la pandémie, le nombre de personnes sujettes à ces troubles psychologiques ont augmenté de 25 % [1]. En France, d’après l’étude CoviPrev réalisée depuis mars 2020 auprès de la population, près d’un tiers des citoyens présentent un état anxieux, 15 % montrent également des signes d’un état dépressif et 63 % avouent avoir eu des problèmes de sommeil sur les huit derniers jours. Enfin, 10 % ont eu des pensées suicidaires au cours de l’année. Ainsi, une augmentation notable de 30 à 50 % des troubles de l’humeur et de l’anxiété aurait été calculée depuis maintenant deux ans [2]. 

Ces chiffres sont inquiétants, mais la situation mentale semble d’autant plus préoccupante chez certaines parties de la population. En 2021, 32 % des 18-24 ans souffraient d’un trouble de santé mentale en France, 11 % de plus que le reste de la population. Face à ce constat, plus de la moitié d’entre eux estiment ne pas avoir assez d’informations sur les structures disponibles ou sur les professionnels de santé à consulter[3]. En plus des jeunes générations, on pourrait également citer en première ligne les personnes isolées socialement, celles présentant des antécédents de troubles psychologiques ou encore les femmes exposées à des violences intrafamiliales.

Outre les nombreux bouleversements que nous vivons, il paraît aussi important d’évoquer le poids de nos modes de vie sur notre santé mentale. Par exemple, nos nouvelles manières de travailler peuvent avoir un réel impact sur notre psyché. L’arrivée précipitée du télétravail et les changements induis dans notre quotidien peuvent de ce fait engendrer certaines modifications des habitudes alimentaires, favoriser un isolement social, la sédentarité, la cyberdépendance ou encore le développement de dérives addictives (tabac, alcool…) chez certains individus[4]. 

 

Les effets et les conséquences de ces pathologies mentales ne sont pourtant pas nouveaux. En France, elles concernent 12 millions de personnes, soit un Français sur cinq. « Ce sont des pathologies qui démarrent chez l’adulte jeune et peuvent durer toute la vie si on ne les prend pas en charge. Elles sont responsables de handicaps et entraînent des conséquences familiales, professionnelles et économiques considérables. Pourtant, ces enjeux sont encore largement passés sous silence[5]. » Souligne Marion Leboyer, médecin psychiatre à l’APHP. Les troubles mentaux représentent également le premier poste de dépenses du régime général de l’assurance maladie par pathologie, avant les cancers et maladies cardio-vasculaires, soit 19,3 milliards d’euros. En 2018, le coût économique et social des troubles mentaux a été évalué par le comité stratégique de la Santé mentale et de la psychiatrie à 109 milliards d’euros par an[6].

Face à ce constat alarmant, de nombreuses solutions ont vu le jour depuis plusieurs années. Ces dernières tentent d’apporter des réponses concrètes, accessibles et personnalisables face aux diverses problématiques rencontrées en santé mentale. Pratiquer des exercices mentaux et de méditation, lutter contre ses addictions, suivre l’évolution de son humeur, se mettre en relation avec des professionnels de santé adaptés ou encore favoriser le bien-être professionnel… Voici quelques solutions innovantes permettant de prendre soin de sa santé mentale au quotidien.

 

 

Notre humeur en dit souvent long sur l’état de santé de notre cerveau. C’est pourquoi de nombreuses solutions permettent de suivre ses variations au quotidien. Misü, Moodflow ou encore Daylio sont ainsi des applications qui pourraient s’apparenter à des journaux intimes connectés. En associant une note, votre activité actuelle et une petite phrase détaillant votre ressenti, vous pouvez évaluer plusieurs fois par jour votre humeur du moment. Elles permettent de donner une vision d’ensemble sur les variations de vos sentiments ressentis et l’impact positif ou non de certaines activités sur votre humeur au quotidien. Très simple d’utilisation et peu intrusif, ce sont de très bons outils à prendre en main pour commencer à s’informer sur sa santé mentale.

 

S’informer sur l’évolution de son humeur est une bonne première étape afin de détecter certains troubles ou simplement prendre soin de son mental. Pour aller plus loin et notamment sur l’axe préventif, les exercices mentaux et de médiation peuvent s’avérer très efficaces. Certaines startups l’ont bien compris et se sont spécialisées en proposant de nombreux exercices variés. Que ce soit au réveil, dans les transports, au travail, chez soi ou encore pendant une séance de sport, ces exercices s’adaptent aux quotidiens et problématiques de chaque individu. Avec plus de 1000 séances spécifiques, la startup lilloise Petit Bambou est l’une des plus développées dans ce domaine en France. À l’étranger, on retrouve d’autres solutions tout aussi performantes comme Headspace, Meditopia ou encore Flow qui se focalise elle, sur les sons issus de la nature islandaise pour favoriser la relaxation et le bien-être mental.

 

 

Malheureusement, les exercices mentaux ne sont parfois pas suffisants pour guérir certains maux et il s’avère alors nécessaire de se rapprocher de professionnels de santé. Développée par l’entreprise de téléconsultation Qare, la solution Mon Sherpa propose notamment un soutien psychologique quels que soient les troubles que vous pouvez rencontrer. Via un chatbot, l’application vous questionne pour mieux comprendre vos symptômes et vos besoins et ainsi vous proposer un programme personnalisé composé d’exercices issus des techniques validées scientifiquement et utilisées en cabinet par les professionnels de la santé mentale. Le développement de l’application a par ailleurs été supervisé par un comité scientifique réunissant des chercheurs (CNRS, ICM à l’Hôpital Pitié-Salpétrière) et des experts dans l’accompagnement psychologique. Malgré tout, le facteur humain peut s’avérer primordial face à certains symptômes qui demandent une attention urgente. Si vous ressentez le besoin de consulter directement un psychologue ou un autre professionnel de santé, il existe des solutions telles que PsynYou, Mindler ou encore HelloBetter. Ces dernières vous mettent rapidement en relation avec des professionnels capables de vous prendre en charge en vous apportant des solutions de santé adaptées à vos troubles psychologiques.

 

 

Après avoir présenté des solutions pour favoriser notre bien-être mental dans la sphère privée, concentrons-nous sur la gestion en milieu professionnel. En France, plus de 3 salariés sur 10 sont en détresse psychologique (burn-out). Les chiffres avaient même atteint les 44 % au printemps 2021. Parmi les réponses proposées par les startups, Moka.Care, Teale, MindDay ou encore Holicare font partie des plus prometteuses en France. Cette dernière s’est notamment rapprochée de nombreux médecins psychiatres et chercheurs afin de développer une solution permettant de proposer un diagnostic et un programme personnalisé à l’ensemble des collaborateurs d’une entreprise. Il suffit de quelques minutes pour remplir un questionnaire et ainsi se voir proposer des solutions préventives ou curatives issues de l’expertise de professionnels de santé. Outre des programmes personnalisés, Holicare apporte aussi une vue globale de la santé mentale de l’entreprise, permettant d’éclairer les décisions des dirigeants vers un meilleur dialogue social et un climat de bien-être.

La gestion d’un équilibre entre vie privée et vie professionnelle peut parfois être source d’anxiété. Pour libérer cette charge mentale, certaines applications comme HabitMinder, TickTick ou encore WorkFlow donnent la possibilité d’aller plus loin que de simples to do list. Via ces outils, vous pouvez à la fois organiser votre emploi du temps professionnel et privé tout en suivant l’accomplissement de vos objectifs, vous connecter à vos autres applications pour faciliter vos habitudes de travail et partager des informations avec vos collègues ou vos proches. Très facile à prendre en main, ces applications permettent de voir un peu plus clair parmi les tâches du quotidien.

À l’inverse des risques rencontrés dans le secteur professionnel, la situation dans le milieu scolaire semble beaucoup moins évoquée et les solutions viables sont moins nombreuses. Aux Etats-Unis, il existe néanmoins Uwill, une offre personnalisable pour les campus universitaires du pays, offrant une consultation immédiate avec un thérapeute pour tous les étudiants dans le besoin. Ces derniers sont ensuite suivis et conseillés grâce à un accompagnement par téléconsultation.

 

Que ce soit dans le milieu professionnel, scolaire ou dans la sphère privée, les habitudes qui font notre quotidien ont un fort impact sur l’évolution de notre santé mentale. Certaines d’entre elles se traduisent par des pratiques addictives nocives à notre santé. Consommation d’alcool, tabagisme, cyberdépendance… Ces pratiques ne sont pas nouvelles, mais les dernières évolutions de nos modes de vie, avec notamment le développement du travail à domicile, pourraient favoriser des dérives nocives pour la santé chez certaines personnes. Ainsi, selon une étude réalisée en 2020 pendant le premier confinement, « les Français sont 5,5 millions à déclarer avoir augmenté leur consommation d’alcool, plus de 50 % à augmenter leur temps d’utilisation des écrans et 27 % à fumer plus souvent »[7]. Ces changements de consommation, provoqués par la pandémie, auraient laissé de mauvaises habitudes dans le quotidien de certains. Au même titre que la consultation, des solutions digitales existent pour mettre fin à ces pratiques addictives. L’une des plus connues, Kwit, aide à arrêter de fumer en rendant l’expérience ludique. L’application permet de suivre l’évolution et de remporter des défis au fil des jours. Mais pour aller plus loin, elle propose également un suivi des émotions et conseille des alternatives efficaces à l’envie de fumer, en fonction du profil. Pour la consommation d’alcool et autres drogues, des solutions spécialisées telles que Monument ou encore Lionrock permettent un suivi personnalisé en ligne par des professionnels. Enfin, si vous trouvez que votre smartphone occupe une place trop importante dans votre quotidien, vous pouvez utiliser Flipd. La solution vous permet de gérer le temps que vous passez sur certaines de vos applications chronophages et ainsi augmenter votre productivité tout en vous incitant à pratiquer plus d’activités hors écrans.

 

Sans pour autant être des pratiques addictives, nos habitudes en termes de consommation dépeignent notre quotidien et pas seulement. Elles impactent aussi directement celles de nos enfants et cela englobe notamment le temps que nous passons derrière nos écrans. En effet, chaque heure passée par les parents devant des outils numériques est corrélée à une diminution du score de développement global de leur enfant[8]. Par ailleurs, l’une des conséquences les plus néfastes des écrans est la perturbation de notre sommeil[9]. Selon des études américaines de la National Sleep Foundation, nous devrions dormir entre sept et neuf heures pour être au maximum de nos capacités la journée[10]. Pour autant, le manque de sommeil fait partie des nombreux troubles rencontrés en santé mentale encore aujourd’hui. « Le manque de sommeil est l’un des éléments principaux d’un cercle vicieux menant à la fatigue et à la sédentarité, puis à la souffrance et à la maladie et au final, à une réduction de l’espérance de vie », avance Bruno Combry, polytechnicien, chercheur et auteur sur la question du sommeil[11]. Favoriser le « mieux dormir » pour tous est donc l’objectif de certaines solutions innovantes. On retrouve par exemple Calm et ses exercices interactifs pour améliorer la qualité du sommeil, mais aussi réduire le stress ou l’anxiété et favoriser la concentration. Grâce à un dispositif placé sur la table de chevet et un capteur sous votre oreiller, le dispositif Aura de Withings permet quant à lui de visualiser vos cycles de sommeil et ainsi de s’adapter à la meilleure façon de vous réveiller le matin. Enfin, la solution Dreem propose un diagnostic à domicile de votre sommeil vous apportant ensuite de réelles solutions pour améliorer vos nuits ou vous mettre, si nécessaire, en relation avec des professionnels des troubles du sommeil.

 

 

En parallèle de l’augmentation de la prévalence des troubles psychologiques, les solutions en santé mentale font aujourd’hui partie d’un marché en pleine croissance : évalués à plus de 384 milliards USD en 2021, les revenus du marché mondial de la santé mentale pourraient dépasser les 560 milliards USD d’ici 2030[12]. Au niveau des applications, il existerait aujourd’hui plus de 20 000 solutions accessibles au grand public[13], avec des dépenses mondiales utilisateurs estimées à plus 500 millions USD d’ici fin 2022 (une croissance de 146 % par rapport à 2019)[14]. Ces indicateurs prouvent ainsi un éveil des consciences quant à l’importance de prendre en compte l’ensemble de ces troubles mentaux, au même titre que d’autres souffrances physiques.

Ces solutions proposent de nouvelles formes d’accompagnement et de prévention, répondant à certains besoins de santé jusqu’ici non satisfaits. Ainsi, ces outils s’adaptent parfaitement à des personnes en manque d’accès aux soins traditionnels, qui ne souhaitent pas directement consulter un professionnel ou qui désireraient compléter leurs programmes thérapeutiques. À l’avenir, ces innovations en santé mentale seront de plus en plus présentes pour nous accompagner dans notre quotidien, mais cette dynamique doit aussi se développer dans nos organisations et nos services publiques afin de renforcer le bien-être des individus et d’améliorer l’accès aux soins. Par ailleurs, un point de vigilance reste de mise sur la question de la protection de nos données personnelles et de santé. Des progrès sont également à attendre de ce côté-là, avec plus de transparence de la part des acteurs de l’innovation. Partager nos sentiments, nos humeurs et notre intimité en termes de santé doit aussi pouvoir être fait dans le respect de notre vie privée et dans un objectif avant tout thérapeutique.

 

Retrouvez d’autres éventails de solutions et d’initiatives innovantes en vous abonnant à la Newsletter Vitalité : https://app.mailjet.com/widget/iframe/55Lu/MlB

 

[1] Perceptions et représentations des maladies mentales, Ipsos, 2021

[2] Confinement, télétravail et comportements addictifs, Odoxa – GAE Conseil, 2021

[3] « On apprend aux enfants à se brosser les dents, mais pas à prendre soin de leur santé mentale ! », Marion Leboyer, L’ADN, 2022

[4] La prévention en santé mentale, Ministère des Solidarités et de la Santé, 2021

[5] Confinement, télétravail et comportements addictifs, Odoxa – GAE Conseil, 2021

[6] Temps d'écran excessif chez les enfants d’âge préscolaire, Université de Saint-Anne et Université de Sherbrook, 2022

[7] Effets des écrans sur le sommeil des adolescents, ORS, 2020

[8] How Much Sleep Do We Really Need?, National Sleep Foundation, 2015

[9] Atlantico, Pourquoi ce que vous mangez impacte votre sommeil, mars 2022

[10] Mental Health Market – Industry Dynamics, Market Size and Opportunity Forecast to 2030, Astute Analytica, 2022

[11] Mental health apps are gaining traction, Rebecca A. Clay, American Psychological Association, 2021

[12] Mobile wellness market trends: Key trends in the global mobile wellness space and projections for 2021, Sensor Tower, 2021

 

 

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